mardi 29 mars 2011

Natalie Dessay à Arsenal, 29/03/11


Au cours d'un voyage de presse avec l'Orchestre National de Lorraine qui donnait un concert à l'Opéra Royal de Versailles le 27 mars 2011, j'ai rencontré, avec l'amicale complicité d'Alicia Hiblot (Mirabelle TV), la chanteuse Natalie Dessay qui y exerçait son art en compagnie de son époux, le baryton Laurent Naouri.

Tous les couples lyriques ne se produisent pas ensemble sur scène. C'est même assez rare pour les époux Dessay-Naouri, parents de deux enfants : ils préfèrent  alterner leur présence auprès d'eux qu'enchaîner les contrats communs.

Trac

C'est une jeune femme tendue, fatiguée que nous retrouvons dans sa loge, juste après le raccord et une heure avant le début du concert. Elle est déjà en costume de scène : un jupon à volants rose fuchsia que recouvre partiellement une robe de satin noire. La diva a le trac, toujours. De plus, elle revient de New York où elle jouait  Lucia Di Lamermoor. La soprano souffre encore du jet lag. Elle n'aime pas les photos: celle que je prends d'elle devant son miroir restera dans mon appareil, je promets de ne pas m'en servir. Elle vérifie son image dans l'écran de contrôle de la caméra. La lumière ne convient pas, trop blanche. Il faut  déplacer le fauteuil, fermer puis rouvrir les volets, éteindre puis rallumer la lumière... On trouve finalement un compromis, l'interview peut démarrer. On parle de trac, tout à trac. Les yeux verts s'apaisent, puis sourient. Pas de technique d'entretien particulier pour l'instrument de travail de la chanteuse, son corps. Tel Churchill, elle s'exclame : « Sport ? No ! Never ! » en anglais dans le texte. Mais elle ne serait pas contre le yoga qui l'aiderait à avoir moins mal au dos, surtout depuis qu'elle a commencé l'équitation.

Deux bonnes raisons

Natalie Dessay n'aime pas les concerts. Ce qu'elle aime, c'est l'opéra, jouer la comédie, susciter des émotions non seulement par sa virtuosité de cantatrice, à propos de laquelle les critiques ont parlé de « pyrotechnie vocale », mais aussi par son jeu, ses déplacements, l'incarnation sincère de ses personnages. Dimanche à Versailles, c'est pourtant un concert qu'elle donnait sous la direction de Jacques Mercier.
Il faut toujours au moins une bonne raison pour convaincre la cantatrice de chanter  debout à côté d'un chef, avec pour seul instrument de transmission émotionnelle sa voix. Cette fois, elle a deux bonnes raisons de faire ce concert, qui sera réitéré demain, mardi 29 mars, à l'Arsenal :
non seulement elle y retrouve le chef de l'O.N.L. qui l'a fortement aidée à percer dans le domaine lyrique, dans les années 90, alors qu'elle n'était pas du tout connue, mais encore elle y chante avec son partenaire de vie à la ville, Laurent Naouri.

Et la musique, dans tout ça ?

En écouter à la maison ? Jamais ! Quelle horreur. Ou alors Bach ou encore du jazz qu'elle ne peut pas non plus interpréter : sa voix est trop fluette. Elle se dit avant tout interprète, pas créatrice, car elle ne sait pas improviser.
Mais l'heure tourne, nous nous retirons pour laisser se reposer la dame à la voix soi disant « petite », l'enchantement sera au rendez-vous, sous les ors de l'Opéra royal de Versailles.

Programme

Ses rôles rêvés ? Salomé de Richard Strauss et Lady MacBeth de G. Verdi. Ce ne seront que des rêves, car elle n'a pas la voix pour :
Au programme de ce soir : l'ouverture du Carnaval Romain de Berlioz, des extraits de Hamlet d'Ambroise Thomas, né à Metz, et en 2è partie l'ouverture de la Force du destin de Verdi et des extraits de La Traviata, l'un des rôles préférés de Natalie Dessay à l'opéra. Je ne dévoilerai pas le « bis »: à vous d'applaudir suffisamment fort et longtemps les musiciens et les chanteurs pour y avoir droit ! 

Figaro, 28/03/11, Dessay/Naouri

Natalie Dessay et Laurent Naouri : scène de ménage



INTERVIEW - La soprano et le bariton donnent dimanche un récital à l'Opéra royal de Versailles. Ils ont accordé au «Figaro» leur première interview en duo.  


Couple à la ville plus qu'à la scène, la soprano Natalie Dessay et le baryton Laurent Naouri vivent ensemble depuis plus de vingt ans. Ils chantent dimanche un récital en duo à l'Opéra de Versailles, avec de larges extraits d'Hamlet et de La Traviata. On les retrouvera aussi dans Pelléas et Mélisande, au Théâtre des Champs-Élysées, en avril. 

LE FIGARO. - Pourquoi avez-vous si peu chanté ensemble ?
Natalie DESSAY. - Parce qu'on ne s'appelle par Roberto et Angela (Alagna et Gheorghiu, NDLR)! (Rires.) Sans plaisanter, parce que nous avons peu de répertoire en commun. Si Laurent avait été ténor, cela aurait été plus simple: le répertoire pour ténor et soprano est si vaste.
Laurent NAOURI. - Nous n'avons jamais beaucoup insisté, parce que ça ne nous semblait pas éthiquement acceptable.

«Éthiquement acceptable»?
N. D. - Nous n'avons jamais voulu imposer aux maisons d'opéra un package, parce que nous n'en sommes pas un. Il faut que le choix vienne spontanément.

Il y avait peut-être aussi la question des enfants?
L. N. - Bien sûr. Jusqu'ici les enfants étaient petits. Il fallait donc alterner les absences. On nous a par exemple proposé Les Contes d'Hoffmann en 2013 à San Francisco, mais je resterai à la maison car notre fils passera alors son bac.

Comment être à la fois nomade et parents?
N. D. - Certains collègues ont toujours emmené leurs enfants avec eux. Nous avons privilégié la stabilité, car nous ne voulions pas les priver de vie sociale en en faisant des enfants de la balle.

Vos enfants aiment-ils la musique?
N. D. - Un peu contre leur gré, disons…
L. N. - On n'a pas non plus cherché à les mettre dedans. Je pense qu'on ne les a pas dégoûtés, on leur a ouvert une porte. Ensuite, il faut que ça soit naturel.
N. D. - Notre fille aime bien chanter… mais c'est plus Lady Gaga!
L. N. - À chacun sa diva…

Dans un couple de chanteurs, comment s'écoute-t-on?
L. N. - Assez bien, je crois. On a des intuitions que les autres ne voient pas. Mais ce sont plus des conseils de chanteur à chanteur que de prof de chant.
N. D. - On se connaît vraiment. Nous savons tous deux que notre chant doit être dominé par le mental. Tout doit toujours être conscient, car le laisser-aller, en terme de chant, c'est la mort!

Jamais de lâcher-prise?
N. D. - Ah si, mais uniquement dans l'émotion!

Y a-t-il des moments où vous aviez le sentiment que vos carrières réciproques vous éloignaient l'un de l'autre?
L. N. - J'ai commencé ma carrière avec un déficit dans l'aigu, donc on pensait que j'étais basse ou baryton basse. J'étais le seul à deviner que j'étais baryton. Avec le travail et les années, ma voix s'est ouverte dans le haut. Nos carrières ne se sont donc pas développées au même rythme. Celle de Natalie a démarré beaucoup plus vite.
N. D. - Mais c'est un déséquilibre que Laurent a très bien géré, alors que c'est une situation qui peut-être plus difficile pour un homme.

Cela engendre-t-il des frustrations?
L. N. - Non. Mais disons qu'il était parfois agaçant d'être considéré en France comme l'éternel Golaud ramiste (interprète de Golaud dans Pelléas, ainsi que des opéras de Rameau, NDLR) avec un petit coup de Contes d'Hoffmann. Il a fallu que j'aille aux États-Unis pour faire vraiment des rôles italiens.

Arrive-t-il que l'un dise à l'autre: «Fais attention, tu prends trop de risque!»
N. D. - Je ne me permettrais pas de le dire, car je suis très respectueuse de la liberté de chacun.
L. N. - Il m'est arrivé de penser: «Ah, là, c'est un risque!», mais je me dois de la soutenir. Disons qu'on s'en parle comme des collègues, mais nous n'avons pas d'emprise absolue l'un sur l'autre. On s'écoute, on se conseille. C'est un échange. On ne s'est pas fait une «charte de communication».
N. D. - L'idée est de supporter l'autre… au sens anglo-saxon du terme.

Quel est le rôle d'opéra que vous préférez pour l'autre?
N. D. - Moi, c'est un rôle dans lequel je ne l'ai pas encore vu: Iago, dans Otello, de Verdi. J'aime les méchants, les bad boys! Il faut être subtil. Je sais que Laurent ferait un traître d'anthologie.
L. N. - Là où Natalie m'a le plus subjugué, c'est dans Lucia di Lamermoor. C'est un rôle qu'elle estampille d'un timbre quasi-indélébile. Je me souviens d'une répétition au Met: il y avait très peu de monde, j'étais dans la salle, j'ai entendu ça et l'émotion m'a pris. Je me suis dit que je ne pourrais jamais entendre personne d'autre dans ce rôle…

Et y a-t-il un rôle où vous n'aimez pas voir l'autre?
N. D. - Une fois de plus, je parle au conditionnel: il y a un rôle dans lequel je ne l'aurais jamais aimé, c'est Pizarro, dans Fidelio, de Beethoven. Je déteste cet opéra!
L. N. - Je n'ai pas de souvenir de quelque chose que je n'aurais pas aimé. En revanche, je suis content qu'elle ait décidé de ne pas chanter Blanche de la Force dans Dialogue des carmélites, à l'automne, à Nice. Pour une question de planning, ça n'aurait pas été raisonnable.
N. D. - C'est vrai. Je m'apprêtais à enchaîner avec Cléopâtre dans le Jules César de Händel.

Quand on chante à deux, comment oublie-t-on la ville pour la scène?
N. D. - On ne se pose même pas la question. Sauf peut-être dans le duo de la mouche d' Orphée aux Enfers (où Laurent Naouri, déguisé en insecte géant, butine Eurydice-Dessay sur un canapé. NDLR). Lorsqu'on a commencé à le répéter en scène, j'ai été gêné pour la première fois de ma vie. Ça m'a semblé presque impudique, parce qu'on était un couple à la ville.
L. N. - C'était genre «Welcome in ourbedroom!»

Vous est-il arrivé de penser à tout arrêter, ensemble?
N. D. - Ah, sûrement pas! Moi, je parle d'arrêter tous les deux jours… et ça fait dix ans que ça dure! Et je rêve d'un haras pour vieux chevaux. Si on arrête tous les deux, qui va le payer?
L. N. - Tu ne veux pas le faire aussi pour vieux ténors?
N. D.- Non, non! Je préfère les chevaux: au moins, ils ne chantent pas!


Récital à l'Opéra de Versailles , dimanche 27 mars à 17 heures. Rés.: 01 30 83 78 89. Pelléas et Mélisande au Théâtre des Champs-Élysées, les 15 et 17 avril.

Par Nicolas d'Estienne d'Orves

mardi 22 mars 2011

Cleopatra, resmusica, 22/02/11


Il n’y a pas très longtemps encore, un disque comme ce « Cléopatra » n’aurait pas existé. Une diva telle que Natalie Dessay aurait, bien sûr, immortalisé sa Cléopâtre dans le cadre d’une intégrale. Aujourd’hui, elle doit se contenter de nous présenter les grands airs du rôle auxquels s’ajoutent quelques pièces orchestrales, deux airs alternatifs (jamais enregistrés d’ailleurs) ainsi que le duo final avec (quel luxe !) la formidable Sonia Prina dans le rôle de Cesare. Tempora mutantur 

     Et pourtant, soyons contents que cet album existe, car Dessay s’y montre en grande forme vocale. Le timbre est toujours aussi cristallin, les vocalises – superbes ornementations dans les da capo – sont parfaites et le contrôle du vibrato force le respect. Habilement, elle négocie certains passages un peu graves pour elle, nous gratifiant, par ailleurs, de superbes sons filés dans l’aigu. Notons néanmoins la quasi-absence d’extrapolations vers le suraigu. Stylistiquement sans failles, elle joue avec les couleurs de la voix l’adaptant soigneusement aux différents instruments obligés accompagnant ses airs. 

     Un peu trop peut-être ? A vrai dire, l’interprète nous semble parfois un rien trop contrôlée. Là où une Petibon a tendance à surjouer, Natalie Dessay reste un peu trop sur la réserve. Convaincante dans les airs pétillants du début, mais également dans le séduisant « V’adoro pupille », son « Da tempeste » manque un peu de folie. Et « Piangerò » du dernier abandon. 

     Mais ne boudons pas notre plaisir : « Cleopatra » est un disque que l’on écoute avec grand plaisir – grâce également à la prestation sublime du Concert d’Astrée sous la baguette animée et variée d’Emmanuelle Haïm. 

dimanche 13 mars 2011

06/03/11 Ouest France: Cleopatra

Avec Cléopâtre, rôle féminin de Giulo Cesare de Georg Friedrich Haendel, la grande Natalie Dessay relève un nouveau défi vocal et artistique, à la hauteur de son talent et de son charisme. Dans un magnifique enregistrement, elle interprète des airs de la mythique reine d'Égypte, toute en complicité avec Emmanuelle Haïm et le Concert d'Astrée. Sa voix sensuelle et dramatique incarne toute la sensibilité et la complexité de son héroïne. Tour à tour manipulatrice, séductrice et désespérée, la soprano française nous invite à découvrir toute la beauté de ce chef-d'oeuvre baroque. 
Vincent Cressard


vendredi 4 février 2011

G.Cesare: L'Humanité, 28/01/11



Beau succès 
à l’Opéra Garnier, à Paris, de l’opéra Giulio Cesare 
de Haendel avec Natalie Dessay dans le rôle de la reine d’Égypte. Débat autour de la mise en scène.
Nous n’en sommes pas encore aux amours de Marc-Antoine et de la reine d’Égypte, qui ne seraient peut-être pas grand-chose sans Liz Taylor et Burton dans le film de Mankiewicz, mais tout juste au début des aventures de Cléopâtre, soit donc sa rencontre avec Jules César, sa prise du pouvoir et l’élimination de son frère Ptolémée, lequel a voulu lui-même écarter sa sœurette et liquider son Jules. L’opéra de Haendel, composé en 1724, nous conte donc l’affaire par le menu, chacun des personnages défilant à son tour pour tenir sa partie, ce qui donne donc pendant trois bonnes heures une suite rare de récitatifs, applaudis comme il se doit et particulièrement quand il s’agit d’une star comme Natalie Dessay, en séductrice, dont les voiles ne font que dévoiler les charmes.

Juste et authentique
Les autres premiers rôles ne sont pas en reste, quand bien même le goût de l’époque allait aux voix de castrats, laissant aux seconds rôles des registres vocaux plus vulgaires, traduits ici en voix de contre-ténors pour César (Giulio Cesare – Lawrence Zazzo) et Ptolémée (Toléméo – Christophe Dumaux). On aura remarqué sinon Isabel Leonard dans les personnages de Sesto (fils de Pompée que Ptolémée a fait assassiner), juste et authentique, sans effets inutiles, et de Cornelia (veuve de Pompée), pour son timbre. Le tout avec à la direction d’orchestre Emmanuelle Haïm assurée, rompue au baroque avec son Concert d’Astrée.
On pourrait en rester là, ce qui est une option, mais qui implique de ne pas répondre à une seule question. Que nous disent aujourd’hui les amours de César et de Cléopâtre ? À cela, semble-t-il, avec tout son savoir-faire, Laurent Pelly a choisi de ne pas répondre. L’idée de faire évoluer les personnages dans les réserves d’antiquités d’un grand musée, qui pourrait être le Louvre, est d’emblée séduisante mais n’a pas convaincu. Elle tourne court et parfois trop vite, jusqu’à détourner l’attention à certains moments des personnages. Or le problème est là.

La vérité de Haendel
S’il y a un sens dans cet opéra, il ne peut être que dans ce qui a été écrit par Haendel et par son librettiste, et c’est ce à quoi il faut donner une véritable chair. Des astuces de jeu, flirtant parfois avec la BD, n’y suffisent pas. Que faire, alors ? Peut-être tenter de retrouver la vérité de Haendel en son temps et ce que disaient, aux spectateurs du XVIIIe siècle, les amours des princes, leur soif de pouvoir, leurs conspirations et leurs artifices. Il ne s’agit en rien d’en tenir, d’une façon figée, pour la tradition mais de chercher l’authenticité dramatique dans les problèmes du temps, de même qu’il faut, pour comprendre qu’il se passe quelque chose dans un tableau de Poussin ou de David, approcher ce qu’ils ont dit en leur temps et avec les moyens de son temps. Ce ne semble, sinon, que de la peinture d’histoire, même si on en rafraîchit les couleurs. De ce point de vue, les quelques scènes où Laurent Pelly, pratiquant le mélange des siècles, fait apparaître des personnages en costumes du XVIIIe siècle semblent les plus vraies et, partant, les plus modernes, ce qui semble la direction la plus pertinente.
Maurice Ulrich

G.Cesare - Forum Opera,30/01/11





La prise de rôle de Natalie Dessay en Cleopatra à l’Opéra de Paris suscite intérêt, rumeurs, et jugements tous azimuts. Impossible d’y échapper. Ici même, la « brève » faisant état des premières impressions suscitées par la performance de la soprano et par la mise en scène conçue pour elle par Monsieur Pelly a battu tous les records de lecture. Il est vrai qu’elle était agrémentée d’une photographie où Natalie Dessay, grimée façon Elizabeth Taylor, dévoilait sous une tunique transparente la forme d’un sein au rouge tétin – en réalité une habile combinaison de théâtre. De toutes ces titillations, le présent disque n’est pas la moindre. Les radios à grande écoute diffusent, ô merveille, les langueurs égyptiennes de notre nationale soprano au beau milieu des clameurs cairotes hostiles à Moubarak. Etrange rencontre. Il aura même fallu que le rocambolesque s’en mêle avec lors des soirées parisiennes un air planté, puis hardiment repris, plus replanté, suivi d’une série d’annulations frustrant le public, avant certainement un retour triomphal pour la représentation filmée par la télévision. Sic transit.

C’est dire que l’audition de ce disque doit faire bien des efforts pour être indifférente tout à fait au battage qui l’entoure, et par surcroît pour ignorer avec la superbe qui convient l’avalanche d’amers reproches dont il fait l’objet. Car de tous côtés cet enregistrement reçoit force tomates bien mûres et lazzis peu amènes.

C’est pourtant là un des très bons disques de Natalie Dessay. L’affect y est constamment juste, et la voix distille d’indéniables beautés. Il serait fastidieux de détailler ces phrases où le timbre se charge d’une luminosité délicate et où le souffle vient épouser avec une délicatesse de touche parfaite la courbe haut tenue de la phrase (par exemple, dans la fin de Se pietà ou dans Piangero’).

Si l’on craignait que la voix de Natalie Dessay ne fût devenue un rien terne ou ligneuse, nous voici rassurés : on retrouve même dans le haut médium une qualité neuve, faite de vibration phosphorescente - pour ne pas dire de squillo gruberovien -, qui convient à ce répertoire.

Et puis, c’est un disque de musicienne. Mieux : de musiciennes. Avec Emmanuel Haïm, l’entente n’est pas seulement d’intentions, mais de phrasé, et même de couleur. Le caractère proprement instrumental de la voix de Dessay se mire avec bonheur dans le miroir tendu par Le Concert d’Astrée. C’est tout le mérite d’un Da tempeste décevant pour les puristes de la vocalise mais particulièrement convaincant si l’on s’attache à la suggestion orchestrale et aux échanges de couleurs entre voix et orchestre. Pour le dire comme Haendel : rejoyce !

Certes, on voit bien ce que les détracteurs de cet enregistrement détractent : un timbre moins riche que celui des semi-mezzos habituées du rôle, une prononciation de l’italien dépourvue de toute saveur méridionale, une technique de vocalisation parfois un peu approximative ou moins virtuose que celle des spécialistes patentées du rôle… Et alors ? De toutes les artistes lyriques, Natalie Dessay est sans doute la plus consciente des limites de répertoire que lui imposent son timbre et sa vocalité. Pour elle, toute prise de rôle allant au-delà de Zerbinette ressemble déjà à une transgression. Faut-il dès lors systématiquement lui envoyer la patrouille avec l’ardeur que mettent les services de police à détecter l’immigré clandestin ? Nous savons bien que ce répertoire n’est pas plus le sien que ne l’est au fond le bel canto bellinien et plus encore le romantisme verdien.

Seulement, Natalie Dessay estime avoir dans l’expression du drame et dans l’incarnation des personnages des atouts dont ne disposent pas les orthodoxes tromblons aux vocalises kilométriques. Peut-on lui en vouloir ? Sa caution ici, c’est la rigueur baroque et l’évidence esthétique qu’Emmanuelle Haïm apporte à Haendel. Le reste est expérimentation natalienne, avec ses hauts et ses bas, les moments où elle rend des points à la concurrence et ceux où elle doit céder face aux comparaisons.

Oui, c’est un très bon disque de Natalie Dessay. Un bon disque Haendel, c’est moins certain. Mais là n’est pas le propos, n’est-ce pas ?
Sylvain Fort
 

samedi 22 janvier 2011

Cléopâtra: Classiquenews.com, 20/01/11

Elle est Cléopâtre sur la scène du Palais Garnier jusqu'au 7 février 2011 (la production présentée sur la scène parisienne poursuit ses représentations jusqu'au 17 février mais c'est après Natalie Dessay, Jane Archibald, star en devenir qui reprend le défi). Pour tous ceux qui ont assisté et applaudi les représentation de Giulio Cesare in Egitto de Haendel, la "Dessay' s'affirme par son chien et son tempérament: une évidente facilité scénique qui campe de Cléopâtre, une incarnation assez époustouflante, soulignant, et la coquette hyperféminine dominatrice infantilisant son frère Ptolomée, véritable sirène séductrice, et la femme profonde et sereine qui sincèrement éprise de César n'a de cesse que de protéger et faire triompher cet amour conquérant, ne cachant rien de sa profondeur nostalgique ni de son caractère langoureux. Haendel n'a pas dans toute sa carrière approfondi de rôle, avec autant de diversité et d'empathie.  







Dessay l'égyptienne

Du reste, dans l'opéra galant de Haendel (1724) où le genre seria est sous la plume du Saxon, régénéré par un nouveau souffle sentimental et amoureux, la diva hier superbe Donizettienne (il chanta Lucia di Lammermoor à New York avec le succès que l'on sait) impose à Paris, un bel canto sidérant en intensité et en investissement. De surcroît dans la mise en scène de Pelly, Giulio Cesare est bien l'opéra de Cléopâtre, séductrice amoureuse, plus femme aimante que délurée ambitieuse.
C'est bien la vérité de son jeu et la justesse de sa compréhension du rôle qui distingue Natalie Dessay sur la scène. En diablesse dramatique, jamais à bout d'idées nouvelles ni de défis scéniques, la soprano porte haut les couleurs de l'amour et du désir. Inspirée par Vénus soi même, "La Dessay" n'hésite pas à paraître sur la scène pendant une large partie de l'opéra, en négligé de tulle vaporeux, laissant à loisir deviner des formes d'Aphrodite suractive, associant au chant souverain, une exquise et permanente coloration érotique. Aux arabesques de sa voix acrobatique, l'interprète ajoute une sensualité irrésistible, astucieuse et charmeuse en diable.

Comme sur la scène, Natalie Dessay retrouve au studio sa complice Emmanuelle Haïm (rencontrée en 1999 sur la production d'Alcina... déjà sur les planches de Garnier; mais alors la chef n'était que continuiste pour Christie)dont l'affinité haendélienne ne nous convainc que... partiellement. Si la chef ciselait en couleurs et intonations son orchestre, comme le fait la soprano du texte et des notes, nous aurions obtenu l'excellence. Et d'ailleurs, sa direction à Garnier n'était hélas que routinière, parfois appliquée; jamais malheureusement, frappée par l'urgence ni la grâce. Tous les accents y sont atténués, lissés, sans mordant véritable, et chaque air y est expédié avec une égale intensité.

Nonobstant cette réserve, soulignons le choix des airs retenus par Natalie Dessay qui y fait imploser son agilité coloratoure. Chaque section fait valoir le relief expressif d'une artiste accomplie, offrant de Cléopâtre, les visages complémentaires d'une femme de caractère et d'audace: la séductrice stratège (tutto puo donna vezzosa), la sirène sensuelle et torride (V'adoro pupille), la prisonnière rebelle de son frère (Piangero), soudainement submergée par le tragique de Cornelia, la foudroyée par le sort qui est prête à mourir (Che Sento? O dio !...) mais tout autant la victorieuse aimante qui aime batifoler et conter fleurette en un duo final, piquant et tendre à la fois : Caro! Bella ! (chanté ici avec la contralto Sonia Prina), d'un angélisme superlatif.

Aux airs connus et magnifiquement incarnés par la Dessay, incontestable souveraine chez Haendel, le programme du disque ajoute deux inédits que Haendel avait pourtant souhaités de son vivant: en place de l'actuel Se pietà, le compositeur avait composé Per dar vita, chant ardent d'une amoureuse prête à tout pour sauver et défendre son aimé (Giulio Cesar que l'on pense mort à ce moment de l'action au II). Natalie Dessay en permet la résurrection dans son état originel, car l'air sera ensuite recyclé pour le personnage du jeune Sesto, le fils de la sombre et endeuillée Cornelia. C'est aussi la révélation de Troppo crudeli siete, remplaçant le lamento Piangero la sorte mia, chant sombre d'une Cléopâtre soumise par son frère... aria écarté ensuite réutilisé en partie dans Tamerlano. Profond, grave et d'une immense tendresse, l'air qui est l'une des Siciliennes les plus admirées de Charles Burney au XVIIIè, étonne et saisit par sa vérité. Heureux choix. 


Haendel: Arias pour Cléopâtre (Handel: arias for Cleopatra from Giulio Cesare). Natalie Dessay, soprano. Le Concert d'Astrée. Emmanuelle Haïm, direction. 


Cléopâtre: La Dépêche, 11/01/2011


Dessay en Cléopâtre

"Laurent Pelly n'avait pas pu la faire revenir au TNT, en novembre 2010, pour nous ré enchanter avec le répertoire de Michel Legrand. Mais le metteur en scène toulousain n'a pas attendu longtemps pour retrouver sa chère Natalie Dessay. Il lui a donné le rôle de Cléopâtre dans "Giulio Cesare" de Handel à l'Opéra Garnier (jusqu'au 7 février). A défaut de forcément pouvoir se rendre à Paris pour écouter la divine diva, on vivra d'intense moments d'émotion en écoutant sur son disque, les arias extraits de l'opéra. Accompagnée par le Concert d'Astrée, dirigé par Emmanuelle Haïm, Natalie Dessay livre, comme à son habitude, un chant aérien, subtil et ensorceleur."


Par Jean-Marc Le Scouarnec

mardi 18 janvier 2011

Natalie Dessay sur France Inter




Mercredi 19 janvier à 16h retrouvez Natalie Dessay sur France Inter dans "Carrefour de Lodéon"

18/01/11 Forum Opera, Cléopatra.


EN CLÉOPÂTRE, NATALIE DESSAY SE DÉVOILE


« S'il me demandait d'entrer nue sur scène, je le ferais. » déclarait la semaine dernière Natalie Dessay dansLe Figaro1 à propos de Laurent Pelly. Autant dire que le metteur en scène ne s’est pas fait prier. C’est une Cléopâtre très dévêtue qu’a applaudi hier soir le public de l’Opéra Garnier lors de la première de Giulio Cesare. La soprano française, toujours très investie scéniquement, chante plus de la moitié de la représentation simplement habillée d’un voile transparent qui ne laisse rien ignorer de sa plastique.



lundi 17 janvier 2011

"G.Cesare, l'empire de la voix" Janvier 2011


 [Natalie Dessay en prise de rôle, Lawrence Zazzo et Christophe Dumaux 
donnent chair au chef-d'œuvre de Haendel à l'Opéra de Paris]

Dilemme. Parce qu'il requiert la puissance et la tessiture d'une voix féminine autant qu'une autorité et un héroïsme absolument masculins, le rôle-titre deGiulio Cesare in Egitto reste un paradoxe inouï – au propre comme au figuré. Pourquoi? Ce destin impérial, Haendel l'a taillé à la démesure du castrat Senesino, l'une des voix les plus adulées de l'époque. Inspiré par ce parti exceptionnel, le compositeur (1658–1759) accumule les audaces, d'airs de bravoure à gorge virtuose en sombres soupirs d'une délicatesse rare. Ecrit lors de son règne londonien au King's Theatre de Haymarket, l'opéra seria en est devenu le plus célébré de Georg Friedrich Haendel, compatriote et exact contemporain de Bach parti faire fortune en Angleterre. 

Au Palais Garnier de Paris, c'est l'Américain Lawrence Zazzo qui brandit glaive et bouclier dans cette nouvelle production mise en scène par Laurent Pelly – présage d'ingénieuses finesses. Vogue des contre-ténors oblige, on a tendance depuis une quinzaine d'années à confier les vocalises de Cesare à des chanteurs plutôt qu'à des chanteuses. La logique dramaturgique y gagne. Mais il suffit d'écouter Jennifer Larmore dans l'enregistrement référentiel dirigé par René Jacobs pour mesurer les forces et les faiblesses de ces timbres d'hommes haut perchés. A plus forte agilité, moindre puissance. Même des solistes du calibre d'Andreas Scholl y ont trouvé leurs limites (la mouture 2008 de l'Opéra de Lausanne). 

Reste que Zazzo n'est pas le premier venu. Il n'a pas le soyeux d'un Philippe Jaroussky ou la verve d'un Max Emanuel Cencic, mais ce contre-ténor possède un timbre goûteux, à l'éloquence vibrée. Surtout, il s'adjoint les services d'un plateau haut de gamme. La soprano Natalie Dessay opère une prise de rôle sous les atours de Cléopâtre, contrepoint charmeur et suave aux hardiesses du souverain. Il faut s'en réjouir: la star française a visiblement décidé de revenir à des incarnations plus légères, plus ciselées, plus proches de l'essence virevoltante de sa voix. Elle officie en alternance avec la jeune Jane Archibald (remarquée au Grand Théâtre de Genève en Rosina dans LeBarbier de Séville de Rossini et en Reine de la Nuit dans La Flûte enchantéede Mozart). 

Délicieusement vénéneux dans la production lausannoise de 2008, le contre-ténor Christophe Dumaux reprend du service et se glisse dans les ambitions mortifères de Ptolémée, ombrageux frère de Cléopâtre. Quant à Emmanuelle Haïm, un an après avoir fait une tentative infructueuse avec l'Orchestre de l'Opéra de Paris, qui s'était soldée par un échec retentissant, elle revient forte de ses conceptions historiquement informées à la tête de sa propre formation, l'excellent Concert d'Astrée.

dimanche 16 janvier 2011

Retransmission G.Cesare dans cinémas


Passion Classique12/01/2011 O.Bellamy


Natalie Dessay était l'invitée star de Radio Classique vendredi 14 janvier 2011.
Retrouvez en podcast l'émission d'Olivier Bellamy: Passion Classique.

Elle est drôle, Natalie Dessay, comme tous les grands perfectionnistes angoissés qui décident, à un certain moment, de baisser les bras en se disant : “Et puis, zut, tout ça n’est pas si tragique !” Comme elle ne fait rien à moitié, elle se lâche vraiment. Et puis, l’émotion revient doucement, s’insinue au coin d’une phrase, remonte comme une vague et assèche tout-à-coup son palais.
Ce qui est beau, c’est qu’elle reste toujours étonnamment naturelle et spontanée tout en pratiquant un art éminemment sophistiqué. Il est difficile de dire ce qui fait courir Natalie Dessay. L’amour de soi ? Non, surtout pas. Du public ? En partie, mais pas tout à fait. Ses partenaires ? Oui, dans le sens : être à la hauteur, et si possible plus haut, de ce qu’ils attendent d’elle.
Cela ne doit pas tous les jours être facile d’être Natalie Dessay, c’est-à-dire d’être au sommet et de souffrir pour maintenir cette exigence. Mais elle le fait oublier avec une grâce, une sincérité et une simplicité qui nous la rendent plus précieuse encore.
Madeleines 
Fictions, Quatuor Ebène, Un jour mon prince viendra
Funny Girl, Barbara Streisand, People
Casse-Noisettes version Rattle, La fée dragée
Classique
Le double de Brahms avec les Capuçon (3e mvt)
Impromptu de Schubert par Philippe Cassard
L’air de la Tatiana (Eugène Oneguine), par Ana Netrebko
Lorraine Hunt : Haendel (Jules César)
La chanson d’Hélène, Philippe Sarde (in Les choses de la vie, de Sautet) par Yun Sun Nah
Cléopatre (dernier disque de Natalie Dessay)
Lucie de Lamermoor de Donizetti, Scène de la Folie par N. Dessay



"Aussi svelte que gracieuse, ouverte à tous les répertoires – du

 baroque sacré  à la musique de film – et capable de s’adapter aux mises en scène inventives, cette anti-diva est pourtant une star, adulée aux Etats-Unis

 (triomphe au Met sans précédent avec Lucia di Lammermoor en 2007) comme en France. Cinq « Victoires de la Musique » n’ont pas  entamé

 le naturel désarmant de celle qui a la capacité magique d’atteindre directement les cœurs."



mercredi 12 janvier 2011

Le Figaro: 12 Janvier 2011

Séductrice, souveraine et battante, la diva joue de tous les registres de la reine d'Egypte. (Photo : S. Fowler)



Natalie Dessay, royale Cléopâtre


Dans une nouvelle production du « Giulio Cesare » de Händel, la cantatrice retrouve ses deux plus grands complices : la chef Emmanuelle Haïm et le metteur en scène Laurent Pelly.


LE FIGARO - Après la reprise l'an passé du rôle de vos débuts (« La Sonnambula »), vous vous attaquez à un personnage inédit. Avez-vous des ­appréhensions ?
Natalie DESSAY - Toujours. Je pense que chaque production doit être parfaite, sinon ça n'en vaut pas la peine. Alors, forcément, j'aborde tout projet avec la peur au ventre. La bonne nouvelle, c'est que nous jouons à Garnier : je n'aurai pas à faire face aux immensités de Bastille, harassantes pour les chanteurs. Surtout lorsque l'on commence les productions à moitié malade, comme ce fut mon cas pour La Sonnambula.

Vous venez d'enregistrer les airs de Cléopâtre chez Virgin. Cela a dû vous mettre en confiance.
Sur le plan musical, oui. Mais enregistrer avant de jouer n'est jamais idéal, et ce n'est pas un procédé naturel pour moi : en studio, vous ne vous concentrez que sur la voix et la technique, alors que, sur scène, je joue énormément avec mon corps. J'aurais préféré l'inverse. Pour des questions de planning, cela n'a pas été possible.

Quelles sont les difficultés du rôle ?
La première, c'est sa diversité. C'est aussi ce qui m'attire. Cléopâtre a sept airs, mais il faut à chaque fois montrer un visage différent : la reine, la sale gosse, l'amoureuse coquette et transie, la fille craintive qui croit qu'elle va mourir, la battante… Pour le disque, nous avons préféré mettre en avant cet aspect contrasté en faisant dialoguer des airs tendres et guerriers - dont deux inédits - plutôt que de suivre l'ordre de l'opéra.

Et sur le plan vocal ?
C'est un rôle bas en termes de tessiture. Surtout au diapason retenu par Emmanuelle : 415 au lieu du 440 habituel. J'ai donc travaillé sur l'installation du grave entre le mi et le la, zone que je n'avais jusque-là pas beaucoup approfondie.

Une chanteuse de votre niveau renouvelle-t-elle beaucoup sa technique ?
Constamment. Avec l'âge, le chant, qui sollicite tout le corps, devient de plus en plus éprouvant. Et les cordes vocales sont des muscles, même invisibles. Si vous restez trois jours sans les entraîner, elles perdent de leur souplesse.

Outre Emmanuelle Haïm, vous retrouvez Laurent Pelly. Qu'appréciez-vous tant chez lui ?
Il ne conçoit pas l'opéra sous son aspect visuel mais comme du théâtre vivant. En même temps, il aime la musique et les chanteurs, sait mettre ses interprètes en valeur. Et il ne met pas en scène ses propres fantasmes, ce qui ne l'empêche pas d'avoir des idées génialement drôles. Bref, je lui fais une confiance aveugle : s'il me demandait d'entrer nue sur scène, je le ferais.

Un jour, n'aimeriez-vous pas mettre en scène, comme votre confrère Rolando Villazon ?
J'adore le théâtre et songe à m'y reconvertir en tant que comédienne : j'aimerais beaucoup jouer Feydeau. Mais la mise en scène, ça, jamais ! Mettre en scène ne se résume pas à réaliser un fantasme : il faut avoir les qualités d'un supercoordinateur. Moi, j'ai suffisamment de mal à organiser ma propre vie, ce n'est pas pour organiser celle des autres.

mardi 11 janvier 2011

Le Figaro: 10 Janvier 2011

Outre Natalie Dessay en Cléopâtre, Emmanuelle Haïm a ainsi pu participer aux choix de distribution deux ans à l'avance. (Baltel/SIPA)


Un trio de choc pour Händel 



Outre Natalie Dessay en Cléopâtre, Emmanuelle Haïm a ainsi pu participer aux choix de distribution deux ans à l'avance.

LE 17 JANVIER, L'OPÉRA DE PARIS ACCUEILLE UNE NOUVELLE VERSION DE «GIULIO CESARE», AVEC NATALIE DESSAY ET SES FIDÈLES COMPLICES EMMANUELLE HAÏM ET LAURENT PELLY.  


La version retenue pour ce cher vieux Jules au Palais Garnier peut bien dater de 1724, ce sera là, sans conteste, l'opéra de toutes les premières: première Cléopâtre pour la soprano vedette Natalie Dessay, vraie première fois dans la fosse parisienne pour la chef Emmanuelle Haïm, qui vient avec son propre orchestre baroque, Le Concert d'Astrée, premier Händel pour le metteur en scène Laurent Pelly. «Cet opéra, dit-il, c'est un monstre: quatre heures de musique, 43 airs d'un opera seria, une forme que je n'avais jamais abordée jusque-là.»
Un pari risqué? Pas tant que ça. L'opéra voulait réunir ces trois stars du lyrique qui elles-mêmes rêvaient de se retrouver sur un opéra autour de Natalie Dessay. «Nous avons commencé à en discuter il y a trois ans, raconte Emmanuelle Haïm. Nous sommes vite tombés d'accord sur Giulio Cesare que j'avais déjà eu l'occasion de diriger et qui offrait à Natalie la perspective d'un rôle inédit .»
Comme Laurent Pelly, la chef du Concert d'Astrée connaît bien Natalie Dessay, dont elle est une complice et amie de longue date. «C'est en 1999 que j'ai rencontré Emmanuelle pour la première fois, confirme Natalie Dessay. C'était déjà chez Händel, pour ­Alcina. Emmanuelle était alors claveciniste dans l'orchestre de William ­Christie, mais déjà passionnée par les voix. Depuis, elle est à l'origine de tous nos projets dans le répertoire baroque, sur lequel je lui fais une confiance ­aveugle. »

«Un coup de foudre amical»  

Laurent Pelly avait, lui, connu la cantatrice deux ans plus tôt dans une production d'Orphée aux Enfers à l'Opéra de Lyon. «Un coup de foudre amical et professionnel, dit-il. Jusqu'à Ariane à Naxos en 2003, on n'a plus retravaillé ensemble, mais on se voyait. Ce qui est formidable avec Natalie, c'est qu'elle est immédiatement dans l'interprétation et fournit une matière théâtrale magnifique. À tel point qu'il y a des opéras dont j'accepte la mise en scène uniquement pour elle, comme La Fille du régiment, à Covent Garden, qui sera reprise à l'Opéra dans deux saisons.» Un enthousiasme partagé par Natalie Dessay: «Avec lui, je ne discute jamais, je pourrais chanter nue s'il me le demandait !» Sans aller si loin, il l'a déjà lancée dans la chanson avec un spectacle de tubes de Michel Legrand attendu à Paris, peut-être au Châtelet, et ambitionne de l'amener au théâtre dans un grand rôle comique.


Deux ans de préparation 

Emmanuelle Haïm et Laurent Pelly, qui ne se connaissaient pas, ont commencé à confronter leurs idées en 2008, lors du Festival de Glyndebourne où ils étaient tous les deux invités. «On s'est tout de suite entendus: comme moi, il est immédiatement dans la théâtralité. Surtout, c'est un esprit très organisé mais libre, qui laisse une large place à la créativité et à l'improvisation», dit la chef d'orchestre. Ils se sont ensuite revus chaque fois que leur agenda le permettait. Pour une nouvelle production comme celle-ci, «il est essentiel de prévoir à l'avance tous les ingrédients dont on pourra avoir besoin, voir comment les faire rentrer dans le budget imparti».

«Une fois en répétitions, tout va très vite. On pourrait répéter six mois un opéra pareil. Le calendrier ne donne que cinq semaines», dit Laurent Pelly. Outre Natalie Dessay en Cléopâtre, Emmanuelle Haïm a ainsi pu participer aux choix de distribution deux ans à l'avance. «Il est rare qu'une maison d'opéra vous laisse voix au chapitre, mais là, comme j'avais déjà dirigé l'ouvrage et que je venais avec mon orchestre, on m'a laissé faire.»
Les répétitions ont commencé début décembre aux Ateliers Berthier, à Paris. Pendant que l'orchestre répétait de son côté, chanteurs et comédiens se concentraient sur la mise en scène pure. Laurent Pelly le sait, ce Jules César n'est pas une mince affaire. «Ça me rassure de le découvrir presque en famille, autour de Natalie.» Même si les trois artistes n'ont pas encore d'autre projet en commun, les collaborations respectives de Dessay avec Haïm et Pelly ne sont pas près de s'arrêter. La cantatrice rêve déjà d'un Rameau sous la conduite de la chef, en attendant de retrouver Laurent Pelly pour Les Puritains à l'Opéra de Paris en 2013-2014.

Un retour attendu mais serein pour Emmanuelle Haïm
Les Parisiens n'auront pas oublié ses déboires avec l'Orchestre de l'Opéra, il y a un an, lorsque la chef, spécialiste du répertoire baroque, avait été contrainte de se retirer d'une production ­d'Idoménée de Mozart juste avant la première faute d'entente avec les ­musiciens.
Aujourd'hui, Emmanuelle Haïm entend bien tourner la page. « C'était un rendez-vous manqué malheureux et triste, dit-elle. Comme dans tout divorce, il y avait des torts des deux côtés. Je suis maintenant passée à autre chos e.» C'est presque apaisée qu'elle aborde donc sa nouvelle venue sous les ors de Garnier, cette fois avec son propre orchestre et pour laquelle elle n'a pas hésité à mettre les formes. Car elle le sait pour avoir ­dirigé l'ouvrage à Chicago et Glyn­debourne : dans Giulio Cesare, l'orchestre est un élément clef.
«Outre la grande variété d'airs, ce qui fait de cet opéra le plus abouti des Händel, c'est la richesse de sa palette sonore.» Bois et cuivres impressionnants, grande virtuosité des cordes, utilisation sur la scène d'instruments désuets pour l'époque (la harpe et la viole de gambe), effets d'orchestre en stéréophonie… «Händel ne s'est rien refusé pour évoquer la grandeur de l'Empire romain ou la magie du Par­nasse.» Autant de procédés auxquels cette passionnée de théâtre entend bien rendre justice. Elle n'a pas hésité à doubler les effectifs de son orchestre (jusqu'au clavecin), passant de 20 musiciens (configuration dans laquelle elle a enregistré les airs de Cléopâtre avec Natalie Dessay chez Virgin) à 45. Tant pis s'il a fallu du coup refaire la moitié du travail réalisé pour l'enre­gistrement.

Savoir travailler vite
«De toute façon, les musiciens baroques ont l'habitude de travailler vite : ils s'impliquent totalement dans l'ouvrage, n'hésitent pas à assister aux répétitions où ils ne jouent pas, si bien que ce qui prendrait des semaines avec un orchestre symphonique prend quelques heures avec eux.» Enfin, cette passionnée des voix, qui a enseigné le chant baroque au conservatoire et travaille aujourd'hui avec les plus grands chanteurs, sait le plus souvent tirer le meilleur parti de ses distributions. Cette qualité est indispensable dans cette musique où pas un air ne se ressemble, exprimant toute la palette des sentiments humains, de la vulnérabilité à la haine. «Les gens ignorent que Händel avait en plus composé une multitude d'airs alternatifs. Ils ne sont pas chantés dans la version de 1724, mais donnent encore une autre vision des personnages. Cette richesse de caractères au sein d'un même ouvrage me ­stupéfie.»



Laurent Pelly rencontre César et Cléopâtre au musée
L'action se déroule dans la réserve d'un musée. Partout, s'entassent sculptures et peintures de tous les styles et toutes les époques figurant les amours de Jules César et Cléopâtre. Chantal Thomas a dessiné pour les héros des vêtements qui semblent échappés d'une vitrine du département des antiquités. «Parmi les femmes, il n'en est pas de plus célèbre que Cléopâtre, elle fut sans cesse représentée», dit Laurent Pelly, qui dit s'être inspiré pour sa mise en scène de deux documentaires. Le premier sur les réserves du Louvre, l'autre montrant les colonnes et frontons des fouilles d'Alexandrie, juste tirées des eaux, traversant en camion, au milieu de klaxons déchaînés, le désordre des grandes villes d'Égypte. Pas question pour autant de relire ce Jules César.

Ambitieuse et amoureuse
«L'œuvre n'en a aucun besoin, estime Laurent Pelly. Elle a une forme contraignante particulière, il faut s'y couler. Et puis il y a une histoire qu'il faut raconter. Ce qui surprend, c'est le contraste entre la musique extraordinaire, grave et profonde et le texte. On ne s'attend pas à voir ­Jules César, ce conquérant, jouer à l'amoureux transi et s'exprimer à travers des métaphores bucoliques et fleuries .» Le metteur en scène va-t-il en profiter? « On peut tout faire avec Jules César, mais ça ne m'intéresse p as de multiplier les gags et d'être anecdotique. Je veux naviguer entre humour et émotions. Cet opéra décline tout le catalogue des sentiments humains : colère, jalousie, amour, haine, vengeance… C'est un peu comme si chaque sentiment était représenté par un air .» Et de s'extasier sur le personnage de Cléopâtre dont la postérité a retenu, unanimement de Shakespeare à Uderzo, l'image d'une femme ambitieuse et amoureuse mais capricieuse, changeante dans un excès qui confine au comique.
Résolument, Pelly s'est attaqué aux arias da capo. «Certains durent dix minutes avec deux phrases qui se répètent à l'infini. Il faut parfois inventer du jeu ou des histoires à l'intérieur d'un air.»
Astuces de mise en scène avec un ballet de gardiens aux petits soins pour les œuvres, réflexions avec Emmanuelle Haïm pour proposer des solutions aux chanteurs, extrême ductilité des chanteurs Lawrence Zazzo en Jules César et Christophe Dumaux en Ptolémée, tellement rompus à leurs rôles respectifs qu'ils peuvent immédiatement souligner une nuance, variation sur les registres de la réalité et du rêve… «La seule recette est de miser sur toute la palette de la diversité. Le vrai danger est que, dans la continuité, tout se ressemble trop et lasse.»

Palais Garnier, Paris IXe, du 17 janvier au 17 février. Loc. : 0 892 89 90 90

Handel: Arias from Giulio Cesare, Cleopatra,


Sortie: 17 janvier 2010

Avis Amazon
Depuis des années, l’ensemble Natalie Dessay + Emmanuelle Haïm + Haendel forment une entité établie et admirée dans le monde entier. Mais il manquait la pièce maîtresse ! En effet, le personnage de Cléopâtre du Giulio Cesare sera une prise de rôle capitale pour Natalie Dessay à l’Opéra de Paris à partir du 17 janvier 2011. Cléopâtre est certainement l’héroïne la plus populaire parmi tous les opéras de Haendel. L’infinie diversité des facettes de la personnalité de la Reine d’Egypte est reflétée par Haendel à travers un grand nombre d’airs brillants, lyriques ou éthérés, qui en font une vitrine extraordinaire pour l’art du chant de Natalie Dessay. Sous la baguette d’Emmanuelle Haïm et son Concert d’Astrée – également à l’Opéra de Paris en janvier prochain -, que ce soit dans les ineffables « V’adoro pupille », « Se pietà » et « Piangero » où le terriblement virtuose « Da tempeste », vous serez transportés dans l’univers du Bel canto baroque de Haendel, magnifié par l’art du chant de Natalie Dessay, qui s’est entourée de la mezzo soprano italienne Sonia Prina et du contre-ténor Stephen Wallace pour de somptueux duos. Et, pour la première fois, vous entendrez 2 airs alternatifs composés par Haendel pour Cléopâtre, mais retirés avant la première. Ces airs n’ont jamais été enregistrés auparavant.

EMI classics
Natalie Dessay interprète sa première Cléopâtre dans une nouvelle production du Giulio Cesare de Haendel à l'Opéra Garnier du 17 janvier au 7 février 2011. En écho à cette prise de rôle, la soprano française sort un nouveau disque, consacré aux arias de la reine égyptienne. Avec la complicité d'Emmanuelle Haïm et de son Concert d'Astrée [...]

Chat du 29 Novembre 2006

QUELQUES DATES :



Pour certains, l'opéra est encore un art réservé à l'élite. Selon vous, comment pourrait-on le rendre plus accessible à un public plus large, notamment aux jeunes ? 
C'est une vraie question. La première chose serait de dire qu'il n'est pas vrai que l'opéra est réservé à une élite. Il n'y a pas besoin d'être spécialement initié pour recevoir la musique en tant que spectacle vivant. Le tout, c'est d'essayer déjà une fois. 



Je suis une de vos admiratrices. J'ai commencé le chant à 14 ans. A quel âge avez-vous eu l'envie de chanter ? Et pourquoi avoir choisi le chant classique ? 

J'ai eu envie de chanter à 20 ans. J'ai choisi le chant classique parce que j'avais une voix qui s'y prêtait particulièrement. 


Votre voix est d'une pureté incroyable. Vous astreignez-vous à une hygiène de vie particulière ? 
J'ai une hygiène de vie très stricte. Elle pourrait l'être davantage si je faisais encore plus attention à ce que je mange... Mais le chocolat, c'est vraiment trop bon ! 


L'opéra est un univers mystérieux. Quel est le quotidien d'une cantatrice ? 
Je fais des films documentaires sur ma vie d'artiste avec mon amie Esti. Ils passent de temps en temps à la télé et nous avons un projet de développement sur plus de 10 ans. Vous finirez bien par en savoir un peu plus long dans un moment. 


Hello from Greece ! I would like to ask miss Dessay, how much ( in percent ) her singing art consists of nature skills and technical skills ? 
I would say 10% of gift and 90% of hard work ! 


Sur scène, il vous arrive d'arborer des coupes de cheveux et des tenues étonnantes (dans "Zerbinetta", par exemple). Est-ce alors un choix du metteur en scène ou avez-vous votre mot à dire ? 
C'est toujours un choix du metteur en scène, auquel j'obéis le plus souvent avec joie. 


Est-ce que votre vie de travailleuse acharnée et de voyages incessants est compatible avec une vie de famille ?

Non. Mais on fait quand même avec ! 


Comment qualifieriez-vous votre dernier double album ? Un mélange de prouesse technique et de patchwork de styles. A qui s'adresse-t-il ? 

Il s'agit de 15 ans de travail et de carrière. Je trouve qu'il représente bien mon éclectisme. Il s'adresse à tous ceux qui ont envie de diversité ! 


Vous chantez en français, italien, allemand... Combien de langues parlez-vous ? 
Je "parlais" très bien allemand. Je parle pas mal anglais, un petit peu italien et pas du tout russe hélas. 


Vous êtes une chanteuse remarquable, une actrice exceptionnelle. Vous n'avez pas la langue dans votre poche, et je suppose que vous n'avez pas que des amis dans le milieu du chant lyrique... Quels rapports entretenez-vous avec ce que l'on appelle "le milieu classique" ? 
Ne vous inquiétez pas, tout va très bien ! 


Seriez-vous intéressée par la redécouverte d'opéras oubliés (Donizetti rares, Gounod oubliés, etc.) ? 

Pourquoi pas... Il faut voir. 


Ayant assisté à plusieurs représentations de Lucia, aucune n'était exactement identique. Lorsque vous faites des variations lors de reprises ou de cadences, y a-t-il une part d'improvisation ou non ? 
Oui absolument. L'opéra, c'est comme dans la vie. On a beau avoir beaucoup de rendez-vous, il y a beaucoup d'improvisation. 


Natalie, ciao siamo damiano e federico dall'italia ! MILANO 
Ciao ! 


Who is your favorite role ? 
The one I'm singing at the moment, wich is "La fille du régiment" by Donizetti.


Lors de votre récital à Toulouse, on a senti entre vous et Rolando Villazon une grande complicité. A part "Manon", à Barcelone, avez-vous d'autres projets avec lui ? 

Pas pour l'instant. 


Après "Marie" en 2007, quelle est votre prochain rôle ? 
Je crois que c'est "La Traviata" en 2009 à Santa Fe, Nouveau Mexique. 


Vous vous produisez beaucoup plus à l'étranger qu'en France... Moi qui suis Toulousain et qui suis venu vous voir lors de votre dernier récital au Capitole avec Rolando Villazon, quand aurai-je le plaisir de vous revoir à Toulouse ? 

Je n'en sais rien du tout ! 


Privilégiez-vous toujours des opéras qui permettent des prouesses vocales impressionnantes ou ce sont les propositions que l'ont vous fait ?
 
J'ai commencé ma carrière avec une voix spécialiste des rôles virtuoses. Aujourd'hui, alors que ma voix a un peu changé, je peux me diriger vers d'autres genres plus dramatiques et pas forcément aussi pyrotechniques. 


Il parait que vous aviez failli jouer dans "Concha Bonita" d'Alfredo Arias... Etait-ce le rôle de Concha qui vous avait été proposé ? Que pensez-vous de Catherine Ringer qui l'a interprété ?J'avoue que je serais ravi de vous voir chanter toutes les deux ensemble un jour... 
Non. On ne m'avait pas proposé le rôle de Concha. C'était celui de la chanteuse que je n'ai malheureusement pas pu interpréter étant malade. Et j'adore Catherine Ringer ! 


Mis à part Claude Nougaro, quels artistes de variété écoutez vous ?
 
Sanseverino, Bénabar, Thomas Fersen, -M-, Arthur H, Grand Corps Malade, Beyoncé. Les vieux disques de Barbra Streisand. Mc Solaar. Clarika, Camille, Jeanne Cherhal... 


Quelle partie de vous avez-vous mis dans votre album ?

Tout est de moi, avec l'aide de quelques compositeurs géniaux ! 


Who soprano was or is your model ?

Maria Callas, Sarah Vaughn, Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Barbra Streisand... 


Avec votre nouvelle voix, pourriez-vous encore techniquement chanter les suraigus incroyables que vous rajoutiez dans la première partie de votre carrière ? 

Pas forcément. 


Malgré leur jeune âge, vos enfants sont-ils fans d'opéra ? Et que pensez-vous de la tendance actuelle de quelques chanteurs de variété (je ne citerai personne !) à chanter de célèbres airs (en disque ou à la télé) de façon, disons, assez catastrophique... Ne croyez-vous pas, si cela est à la mode, qu'il vaudrait mieux mettre du classique ou du lyrique à heure de grande écoute à la télé ? 

Mes enfants aiment bien l'Opéra. Oui, il faut mettre de la musique classique dans les playlists des émissions de radio et télé. Les artistes de variétés font ce qu'ils veulent, cela m'est un tout petit peu égal. 


Vous allez vous lancer dans "La Traviata". Lors d'une interview, vous avez regretté de ne pas pouvoir chanter Puccini. Mais "Mimi" ou "Butterfly" ? Pouvez-vous m'en dire plus ? 
J'espère qu'un jour, je pourrai chanter Mimi. 


Avez-vous de vraies amies cantatrices ? 
J'ai de très bonnes copines cantatrices. 


Pouvez-nous citer vos productions préférées parmi celles auxquelles vous avez participé ? Et les pires ? 
On va passer sur les pires. J'ai beaucoup aimé les productions de Laurent Pelly, Carsen, Serban, Leiser Caurier, Wieler et d'autres encore... 


Avez-vous déjà joué un rôle au cinéma ? Sinon, le souhaiteriez-vous ? 

Je n'ai jamais joué au cinéma. Ce n'est pas très grave parce que ce n'est pas mon métier. Mais, si un jour, quelqu'un me propose un rôle dans lequel je me reconnais, pourquoi pas ! 


Comment avez-vous découvert votre don de chanteuse, car don il y a au départ, non ? 
J'étais en train de jouer dans une pièce de théâtre où je devais chanter et c'est là que les autres m'ont fait prendre conscience que j'avais sans doute une voix. 


Could you live without singing ? Have you ever think of it ? 
I could survive without singing. That's all. 


Comprenez-vous qu'avec la voix que vous offrez et la magie qu'elle donne, on souhaite tout savoir de votre mystère ? 
Non. Je donne toujours le meilleur sur scène. Ne regrettez pas de ne pas connaître le reste. 


En rentrant d'un "Hamlet" à Toulouse j'ai eu la chance de me retrouver à côté de vous dans l'avion (quel choc !!). La probabilité qu'un tel événement se reproduise étant minime, où peut-on vous envoyer des lettres d'amour ? 
Ce n'est pas la peine de m'envoyer des lettres d'amour. Je suis très heureusement mariée. Mais merci quand même. 


Quel conseils donneriez vous a quelqu'un qui voudrait faire de l'opéra ? Croyez-vous que le conservatoire est suffisant ? Envisagez-vous de faire des master classes ? 
Premièrement, trouver un bon professeur de chant. Deuxièmement, apprendre les langues : allemand, italien, anglais, russe, tchèque etc. Troisièmement, prendre des cours de théâtre et de danse. Quatrièmement, suivre votre instinct. Je ne donne pas de master classe. On verra plus tard. 


Do you practice yoga, pilates, tai chi, aerobic ?
I don't practice anything. I only have massages twice a week with a fairy. 


Si un auteur compositeur génial, composait pour vous, vous serait il agréable de chanter de la variété ? 
Non. Parce que je pense ne pas avoir la voix pour cela. 


N'est ce pas angoissant d'avoir un planning géré sur plusieurs années à l'avance ? 

Oui et non. Oui, parce que l'on ne sait pas qui on sera dans 4 ou 5 ans. Non, parce qu'on est sûre de gagner sa vie au moins jusque là si tout va bien. 


Avez-vous le sentiment comme peut l'avoir votre public que vous dépoussiérez l'opéra et le rendez plus accessible ? 
Tout en gardant sa beauté et son faste... Oui. 


Will there be a dvd of "Lucia" from Opera Bastille ? It was amazing and it would be worth it ! 
There will be a documentary about "Lucia" from the back stage. 


Pourquoi avez-vous l'air de vouloir absolument être normale ? Vous ne le serez jamais ! Vous êtes une extraterrestre ! Je pense qu'une voix comme la vôtre pourrait même résoudre les problèmes de pollution de notre planète ! 
J'en serais tellement heureuse ! Hélas... 


J'ai vu au Conservatoire de Toulouse, un CD de Méhul (" La légende de Joseph en Egypte " je crois) dans lequel vous aviez un tout petit rôle et dans lequel vous chantiez un psaume. Etait-ce votre premier enregistrement ? 
Je crois. 


Vous qui êtes si occupée, pourquoi participez vous à ce chat ? 
Je suis hallucinée par le nombre de personnes qui ne bossent pas en ce moment ! Et ils m'ont forcée ! Au secours, délivrez moi ! 


Comment réagissez-vous face à votre succès international ? Beaucoup vous considèrent comme la meilleure cantatrice du moment... Si seulement c'était vrai. Mais merci quand même. 


On vous voit actuellement partout (je ne m'en plains pas, bien au contraire). C'est assez nouveau et assez rare de voir des musiciens classiques dans les médias non spécialisés. Comment l'expliquez-vous ?
La musique classique a mauvaise presse. C'est bien dommage car je pense que c'est en parlant de la musique classique que l'on peut dire qu'elle adoucit les mœurs. 


Vous arrive-t-il de chanter sous la douche ? Si oui, que chantez-vous ?
Oui ! Des vocalises improvisées et plutôt jazzy. 



Natalie Dessay Are you going to record a CD with arias of italian bel canto (Lucia in italian, Somnambula, Puritani,...). I really miss this CD in your collection of CDs. 
Yes, with Evelino Pido and the concerto Köln this summer.